Amis? On n'a pas d'amis.
Et d'ailleurs on n'aime pas les gens!
Ah si, y a quand même:
On s'y croirait. Un bouquin plein de vie, que je conseille très fortement. Une critique ICI
Ce bouquin, c'est une pure merveille. Kessel raconte les montagnes et les steppes d'Afghanistan et le jeu ancestral du bouzkachi. Précipitez-vous!
Un extrait ICI. Existe aussi en livre. Autres films de Ponfilly: Une vallée contre un empire (81), Kaboul au bout du monde (94)
Des extraits ICI. Des paysages époustouflants pour décor de la tragédie afghane... A voir!
Moi-mème et l'Autre, nous nous sommes rencontrés, au plus reculé du voyage.
Victor Segalen - Equipée
Il faut tout réapprendre afin de pouvoir apprécier. C'est la notion que nous avons plus ou moins perdue: le prix de la vie. Près de peuples simples, montagnards, marins ou nomades, les lois élémentaires s'imposent à nouveau. La vie retrouve son équilibre.
Ella Maillart - Des monts Célestes aux sables Rouges
Peshawar. Drôle d'idée pour un blog. Qui d'ailleurs songerait à s'aventurer dans cette ville du Pakistan, un petit point mystérieux sur la carte et une réputation sulfureuse pour la précèder?
Carrefour à la croisée du monde indien, de la Perse et de l'Asie Centrale. A deux pas des zones tribales et de la mythique passe de Khyber, la frontière avec l'Afghanistan. Ville de tous les trafics, plaque tournante de la drogue et du commerce d'armes, quartier général des moudjahidins au Pakistan pendant l'invasion soviétique de l'Afghanistan, puis bastion des talibans. Véritable Far West de l'Orient, capitale de la NWFP, la province frontière du nord-ouest, dont le seul nom évoque le mystère...
C'est ce que vous lirez communément un peu partout. Au delà de ces lieux communs, je vous propose de découvrir notre Peshawar, celle qu'on a vécu, qu'on a humé et qui nous a fait vibrer. Au travers de sa vieille ville et de Khyber Bazar qui a été notre quotidien pendant plus d'un mois. Au travers des rencontres, des amitiés nouées dans la communauté afghane, des petits moments de vie qui nous ont ravis et un peu transformés. Bon voyage!
Ce fort, situé sur General Trunk road est visible des entrées de la ville, qu'on arrive d'Islamabad ou de la passe Khyber. Il fut construit par l'empereur Babur, fondateur de la dynastie moghole entre 1526 et 1530. Son architecture actuelle lui fut donné dans les années 1830 par le gouverneur Sikh de Peshawar, Hari Singh Nalva, sous la conduction d'ingénieurs français. Il abrite actuellement des bureaux du gouvernement fédéral, mais l'armée abandonnera peut-être bientôt la place forte qui sera convertit en monument historique.
Érigée pour commémorer l'anniversaire du règne de la reine d'Angleterre, la tour de l'horloge, ou tour Cunningham, doit son nom à un gouverneur de la Province, Sir George Cunningham.

Celui qui a mangé la viande, doit ronger les os. Comme disait mon grand-père... Étrange rue que celle des bouchers. Un peu excentrée, c'est une ruelle parallèle à Qissa Khawani Bazar que rien ne distingue des autres. Une petite dizaine d'échoppes sont alignées, ouvertes aux 4 vents. Je ne vais pas vous refaire pas le coup classique de la viande envahie de mouches, aseptisation et réfrigération sont évidemment deux mots inconnus, ces boucheries sont semblables à toutes les boucheries de la région : à faire devenir végétarien un tyrannosaure ou un cow-boy texan.
Mais dès qu'on entre dans la rue, on est repéré, le mot passe d'échoppes en échoppes: "Des étrangers!!" Et tous comme un seul homme demandent à poser avec leur barback. Ça le fait à tous les coups! L'un deux, armé d'un seul couteau et de tout son courage, mime un combat acharné avec un gigot de mouton. Celui-là semble faire les yeux doux à ses pattes de vaches dont il a assidûment brûlé tous les poils au chalumeau. Ou peut-être est-ce le ventre du photographe qui lui joue des tours et lui fait choisir ces cadrages évocateurs?
Pour ceux qui aiment l'odeur du sang, voir aussi: "Vie et mort d'un poulet"
A quelques kilomètres de Peshawar, sur Jamrud Road, un poste de contrôle signale l'entrée dans l'Agence de Khyber, la zone tribale qui sépare le Pakistan de l'Afghanistan. La police pakistanaise ne peut aller au delà.
100 mètres plus loin commence Smuggler Bazar, le "bazar des contrebandiers". Au premier abord, rien ne distingue ce bazar de ceux de Peshawar. Même circulation délirante et hétéroclyte. Mêmes étalages de marchandises en tout genre, de l'aubergine à l'engrenage. Et pourtant...
Et pourtant, nous sommes dans le plus grand bazar de contrebande du monde. On y trouve avant tout de l'électronique: télés, hifi, appareils photos... Mais dans les petites rues alentours, on peut aussi y trouver des faux billets, des faux passeports... Et dans "Opium Street", quelques échoppes vendent du haschish, de l'opium frais et même de l'héroïne. En quantité: on voit des blocs de haschish d'un kilo ou des grosses galettes d'opium. L'afghanistan - 90% de la production mondiale d'opium - est tout près et la frontière est une passoire. Les locaux viennent souvent s'approvisionner ici, les prix y sont imbattables. A l'époque, on m'a raconté que le haschish s'y négociait 30 dollars les cent grammes. Et pour ce prix, c'est du shirac, la meilleure qualité afghane.
Et encore, on pourrait dire qu'on n'a encore rien vu, car à quelques kilomètres, dans la petite ville de Dara, c'est le commerce d'armes qui est florissant. Pour quelques dizaines de dollars, vous pouvez acheter une réplique de kalachnikov ou de beretta, produite sur place. Ou bien la tester si ça vous tente et ça ne choquera personne que vous vous balladiez avec: tout le monde a une arme sur lui. Les prix? Dans les 30 ou 50€. Effrayant, non?
Chowk Yadgar, "la place du souvenir", est l'ancien centre de Peshawar. Lieu habituel de ralliement politique (notamment lors de la colonisation et de la quête de l'indépendance), on y improvise aussi parfois une partie de cricket. Un monument aux héros de la guerre de 1965 entre le Pakistan et l'Inde y a remplacé l'ancien mémorial du colonel anglais Hastings.
Situé à une extrémité du bazar, près du bazar aux légumes et du bazar aux bijoux, c'est un lieu qui recèle néanmoins d'une jolie attraction: ses changeurs d'argent. Plusieurs petites échoppes sont installées sur la place. Ce sont de minuscules réduits, tous semblables, avec pour tout mobilier une table basse voire un tapis, et pour tout matériel une calculatrice et un téléphone portable.
Totalement illégales, non déclarées - la licence coûte trop cher -, c'est pourtant par eux que passent toutes les petites transactions, en toute impunité. Après tout, dans cette ville frontalière et commerçante, le change de monnaies a toujours existé. Les taux affichés sont beaucoup plus intéressants que ceux des banques et, ici, ni paperasserie, ni attente de signatures. Aussi, c'est tout naturellement que les classes populaires vont au marché noir.
De toute façon, peu de banques font le change à Peshawar. Aucune n'accepte les travellers chèques libellés en euros, j'ai testé. Et même pour un retrait avec une carte visa, on galère pour trouver et le plafond de retrait autorisé est toujours bas. Malgré tout, c'est moins pire qu'à Quetta, au Baloutchistan, où on m'a dit dans les banques de m'adresser au marché noir!
Les changeurs d'argent vendent beaucoup de monnaie afghane car l'Afghanistan est proche mais aussi à cause de la tradition qui veut qu'on jette des billets sur les jeunes mariés lors des noces. Les monnaies du golfe sont aussi beaucoup échangées quand les familles reçoivent de l'argent des pakistanais qui travaillent à DubaÏ ou en Arabie Saoudite.
L'entretien d'un tapis:
D'abord il faut laver le tapis: outre le savonnage, une autre technique est utilisée: deux personnes prennent le tapis chacun par un coin et le traînent sur une pelouse, le contact avec l'herbe nettoie le tapis de sa poussière. Le plus difficile ici est de trouver un coin d'herbe...
Ensuite, on retend le tapis. Pour cela, le tapis est cloué sur quatre baguettes de bois fixées au sol, de façon à ce qu'une grande tension s'exerce. On le laisse ainsi une journée, et il gagne plusieurs dizaine de centimètre! A Peshawar, c'est souvent fait sur les toits de Khyber Bazar. Au début on se demandait pourquoi ça "tapait" en permanence au-dessus des chambres du Shan Hotel, maintenant on a compris! Ils clouaient des tapis!
Pas facile d'éviter les lieux communs à propos des marchands de tapis... Il se trouve que nous avons eu une expérience un peu particulière, puisque nous avons vécu pendant un mois avec deux marchands de tapis et squatté 15 jours dans leur magasin.
D'abord, pour aller à l'encontre des idées reçues, soyons clair, un tapis (ou un kilim) ça sert avant tout de:
La fabrication de tapis à Peshawar:
Le Pakistan produit beaucoup de tapis fait à la machine, mais pour ce qui est des tapis artisanaux, à Peshawar c'est avant tout l'affaire des afghans. Les tapis qui circulent à Peshawar sont le plus souvent
des tapis qui viennent d'Afghanistan, revendus par leurs propriétaires ou des tapis fait sur place (mais toujours par les afghans). On peut parfois voir de la laine qui sèche après avoir été teintée et des métiers à tisser dans les maisons.
Khyber Bazar est la rue des marchands de tapis. D'un premier abord, rien ne le laisse paraître: pas une vitrine, pas une échoppe qui donne sur la rue. Mais quand vous vous engouffrez dans les porches et montez dans les étages, vous découvrez un nombre incroyables de magasins, de dépôts, de réparateurs de tapis... Difficile de les dénombrer, mais je dirai que ça se compte en centaine.
Réparation de tapis
Armez-vous d'une grosse aiguille à tapis et c'est parti pour la réparation d'un tapis! Première étape, trouver de la laine de la bonne couleur. Fouillons dans le stock! Ensuite, pour les franges et les bords c'est pas compliqué, mais le reste c'est une affaire de spécialiste. Il arrive d'ailleurs que certains afghans réparateurs de tapis partent à l'étranger quelques mois pour y travailler!
Nos deux passages à Peshawar ont coïncidé avec le ramadan et les deux fêtes principales pour les musulmans: l'Aïd el-Fitr et l'Aïd el-Kebir.
Pendant le mois de ramadan, la plupart des épiceries et tous les restaurants sont fermés la journée, l'activité ne reprend que deux heures avant la rupture du jeûne, pour préparer braseros, kebabs et poulets.
5 minutes avant la rupture du jeûne, la rue se vide, on pourrait (presque) traverser Khyber Bazar sans regarder! A l'heure dite, une odeur lancinante se répand dans la rue: Khyber Bazar sent le... haschisch! Eh oui, faire le ramadan signifie ne rien avaler, ni nourriture, ni eau, ni fumée. Certains musulmans vont jusqu'à cracher pour ne pas avaler leur salive (j'avais vu ça à Mayotte).
Évidemment, pour nous, pas question de manger dans la rue en pleine journée pendant le ramadan, ce serait irrespectueux et provocateur. Mais on nous a proposé plusieurs fois de boire dans les arrières boutiques, le resto Habibi a même proposé d'ouvrir ses portes à midi rien que pour nous! Et, invités dans une famille, c'est un vrai repas que l'on nous offre, tandis qu'eux jeûnent... Situation oh combien gênante! Le reste du temps, c'est paquets de gâteaux et biscuits de la boulangerie (qui reste ouverte toute la journée) mais dans notre chambre! Bref, ce ramadan à Peshawar qui nous interrogeait s'est révélé une période facile à passer, avec beaucoup de tolérance de la part de la population.
Fait curieux, pour les afghans et les pakistanais, la date de rupture du jeûne n'est pas la même, les afghans ont un jour d'avance! Pourquoi? Parce que la fin du ramadan est décidé d'après l'observation de la lune, et cette année, les imams afghans ont décidé d'une autre date que les pakistanais!
Pour la préparation de l'Aïd el-Kebir, commence un curieux manège de moutons peinturlurés et décorés dans les rues de Peshawar. Chacun apprête ses bêtes pour les vendre. Pas loin de la voie ferrée, nous tombons même sur un grand marché aux moutons, je vous laisse découvrir sur les photos!
La fête passée, c'est un autre manège qui commence, celui des tripes des boyaux sur des charrettes, les peaux qui sont lavées et séchées dans les rues, les ballades dans les rues environnantes peut provoquer quelques hauts le coeur! De quoi devenir végétarien!
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